Martin Hébert, anthropologue de l’Université Laval et administrateur de la SHFQ est présentement en terrain au Guatemala dans le cadre d'une recherche sur les imaginaires politiques mayas. Une partie de sa recherche consiste à examiner la représentation que se font les mayas qeqchis et Kaqchikels des problèmes environnementaux, et en particulier du déboisement. Il mène également des recherches sur les mesures que prennent les mayas pour faire reconnaître les apports de leur cosmovision à la gestion des territoires forestiers.
Il nous a écrit le message suivant :
Comme vous le savez peut-être, le Guatemala a connu 42 ans de guerre civile de 1954 à 1996. Ce conflit extrêmement dévastateur a opposé, pendant toutes ces décennies, des guérillas de gauche à des gouvernements militaires. Après la signature des accords de paix en 1996, la guérilla a déposé les armes (mais les militaires, non...). Or, au cours des derniers mois, dans une zone de forêt tropicale humide très reculée nommée la zone de Polochic, des travailleurs communautaires et des journalistes ont, en quelque sorte, « trouvé » 82 guérilleros mayas qeqchis vivant cachés dans le fond de la forêt depuis le début des années quatre-vingt. Treize ans après la fin de la guerre, ces guérilleros autochtones ne savaient toujours pas que le conflit était terminé! Ils s'entraînaient, patrouillaient la jungle, y avaient installé leurs champs de maïs, et tout ça sans voir un ennemi depuis plus d'une décennie. Si eux ignoraient ce qui se passait dans le monde extérieur à leur refuge vert, il semble que les administrateurs gouvernementaux des forêts ne savaient pas, eux non plus, ce qui se passait au cœur de la forêt car, après les accords de 1996, il fut décidé que toute cette zone allait devenir une aire de conservation sans que personne ne sache, apparemment, que la zone comptait des habitants clandestins. Maintenant que l'affaire a éclaté au grand jour dans les journaux, et que l'on parle de la "guérilla oubliée" (dans le bois), les 82 guerriers mayas qeqchis doivent maintenant se recycler, car en à peine quelques semaines, le gouvernement a déjà entrepris des procédures pour les expulser de l'aire de conservation. Pour garder les terres qu'ils travaillent au cœur de la forêt depuis plus de 20 ans, ce groupe a donc décidé de se réinventer: "Nous sommes une guérilla de reboiseurs!" s'est donc mis à déclarer leur leader cette semaine dans les journaux. En effet, il s'avère que durant toutes ces années les mayas cachés dans la zone Polochic ont appris à bien gérer l'écosystème forestier où ils étaient cachés. Ils se sont même mis au reboisement. Il faut dire que le fait de participer à une guerre terminée depuis belle lurette leur laissait de nombreux temps libres pour jardiner... De guérilléros à conservateurs de la nature en un mois, disons que c'est toute une entrée dans le vingt-et-unième siècle!
http://www.nature.org/wherewework/centralamerica/guatemala/work/art8613.html